Quel avenir pour l’énergie en France, quelles conséquences de l’abandon du nucléaire ?

Par Julien Bruant, lycéen

Il y a peu de temps, une nouvelle publication du GIEC est parue. Devant le constat implacable de la dangerosité des énergies fossiles, il est aujourd’hui impératif de se poser la question “Comment produire notre énergie dans 10, 20, 30 ans voire plus ?”.

En France, la production de notre électricité émet moins de gaz à effet de serre que la grande majorité des pays développés à ses 56 réacteurs nucléaires qui produisent ensemble près de 70% de l’électricité en France. Cependant, notre parc nucléaire se fait vieux, et même si les réacteurs sont tous toujours parfaitement fonctionnels d’après l’ASN, il est vital de construire dès maintenant la relève de notre parc actuel tout en améliorant par la création de réacteurs de nouvelles générations la sécurité des installations, la gestion des déchets, les coûts de l’énergie pour les garder à un niveau acceptable pour les français. Ceci permettra de maintenir l’indépendance énergétique.

Le projet ASTRID, prévu par les lois du 13 juillet 2005, est lancé en 2010 avec un financement initial de 650 millions d’euros. Ce projet aurait dû permettre à la France de maintenir son indépendance énergétique à travers l’utilisation de l’uranium appauvri et de mieux gérer à terme les déchets les plus dangereux. En 2017, il a été décidé “de diviser par 4 la puissance du futur prototype ASTRID, ce qui revenait à repartir sur la conception d’un nouveau réacteur”. En 2019, le projet est arrêté par le gouvernement pour plusieurs raisons. Cependant, il n’est jamais fait mention de l’intérêt à long terme du pays, qui n’a donc pas été pris en compte par le gouvernement.

Les conséquences de l’abandon du projet ASTRID sont multiples. D’après le rapport n°4331 de l’Assemblée nationale intitulé “L’énergie nucléaire du futur et les conséquences de l’abandon du projet de réacteur nucléaire de 4è génération ASTRID”, ce projet était le projet phare de la R&D nucléaire en France […]. Son abandon a eu un impact négatif sur l’attrait de la filière auprès des étudiants. De plus, l’abandon du projet sème le doute sur la cohérence de la démarche de fermeture du cycle entreprise par la France depuis 70 ans. La France risque d’être perçue comme un partenaire peu fiable pour l’achat et la construction de nouveaux réacteurs. La perte d’attractivité auprès des étudiants induit une perte des compétences nécessaires, ce qui augmenterait la dépendance envers d’autres pays comme la Chine, la Russie et d’autres. Aussi, dès 1991, un rapport de l’OPECST alertait sur la nécessité d’anticiper le renouvellement du parc nucléaire français, pour ne pas subir « l’effet falaise » – soit une baisse radicale de 75 % de la production d’électricité nucléaire en un temps record – ; il s’interrogeait aussi sur les conséquences, en termes de maîtrise industrielle, d’une interruption prolongée de la construction de réacteurs nucléaires et de l’absence de visibilité sur la politique énergétique du pays. 

De façon plus générale, l’abandon du projet ASTRID traduit une tendance chez l’exécutif, l’abandon du nucléaire au profit des ENRs comme l’éolien ou le solaire. En effet, il n’y a pas eu de création de nouveaux réacteurs depuis 1991. Le besoin en énergie étant grandissant, le remplacement du nucléaire par des ENRs cités précédemment présente plusieurs inconvénients notables : elles sont non-pilotables et dépendent des conditions météorologiques. La principale conséquence d’une stratégie basée sur l’énergie photovoltaïque, hydraulique ou solaire serait le risque important de “situation de manque” ou “black-out” tels que ceux subis par l’état de la Californie en ce moment même (été 2021). De façon logique, la raréfaction  de l’énergie et l’augmentation ou la stagnation de la demande induirait logiquement une augmentation des prix de celle-ci. A la lumière de la crise des gilets jaunes, il est impossible de considérer cette option.

L’énergie nucléaire possède des intérêts économiques et stratégiques non-négligeables. Tout d’abord, la conservation de l’indépendance énergétique française en annulant tout besoin d’importations extérieurs. Aussi, les pays souhaitant développer leur parc nucléaire auraient la possibilité de faire appel à l’État français pour la construction, puissant outil à la fois de soft power et de hard power, et source de revenus pour assouplir le coût de la R&D du nucléaire. L’investissement dans les SMRs et AMRs – les réacteurs nucléaires modulaires de très petite taille – et la promesse de commande d’un certain nombre d’entre eux pour des productions à échelles locales permettrait d’industrialiser la production de certaines pièces pour, au final, réduire le coût final du projet. D’après le rapport n°4331 cité précédemment, la filière nucléaire est une des dernières industries de pointe en France, sa disparition serait un véritable désastre économique pour les 2500 entreprises qui composent la filière, à préciser que 80% d’entre elles sont soit des PMEs ou des TPEs. 

Le rapport de l’Assemblée nationale note aussi au huitième paragraphe de la 4è sous-partie de la partie 1 “Le développement de l’industrie nucléaire française” dans le paragraphe c “Les années 2000 : la crise des filières nucléaires occidentales” que 69% des français sondés considèrent que l’énergie nucléaire contribue au réchauffement climatique, ce qui est absolument faux. Pour preuve ce tableau issu d’une annexe du GIEC sorti en 2018 : le nucléaire est l’un des modes de production d’électricité les plus décarbonés.

La filière nucléaire est victime de la désinformation menée par des associations et partis comme Greenpeace ou EELV. Il est du devoir de chacun de s’éduquer sur un sujet qui concerne tous les citoyens et de rétablir la vérité. 

Il est urgent de développer la filière nucléaire en France pour ne pas être dépassés par des pays concurrents. La Russie prévoit la création de 36 réacteurs dans 12 pays, 11 de ces réacteurs sont d’ores et déjà en construction. La stratégie nucléaire russe prévoit en effet d’augmenter la production d’énergie nucléaire pour atteindre 45 à 50% en 2050 et 80% d’ici la fin du siècle. La production annuelle de l’énergie nucléaire en Russie s’élevait à 19.7% de la production totale d’énergie. A cette fin, la compagnie d’Etat Rosatom a été créée et les investissements ont été multipliés par 7. La Russie est donc déjà un concurrent important et ne le sera que plus par l’avenir. L’importance donnée à l’énergie nucléaire en Russie risque aussi de laisser apparaître une “fuite des cerveaux” français vers la Russie pour y trouver du travail. 

La Chine aussi représente une menace. Avec la création de leur premier EPR en 2014 (8 sont en construction) la Chine montre au monde ses ambitions. Son plan quinquennal indique une augmentation de la puissance nucléaire nette à 70 GWe. Le rapport prévient “ces nouveaux leaders auront la capacité d’influer, au travers des instances internationales, par exemple l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), sur les règles applicables en matière de sûreté nucléaire ou d’application du traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP), conclu en 1968 pour réduire le risque que l’arme nucléaire se diffuse à travers le monde”. Il est possible que la Chine vende des réacteurs à des pays ne disposant pas d’infrastructures et de cadre légal suffisant, ceci pose un risque majeur pour l’ensemble des pays en cas d’accident et il faut tout faire pour l’empêcher. 

En conclusion, la filière nucléaire est un atout stratégique au niveau géopolitique et économique qui ne doit pas être laissé à des pays non-alliés. La France doit maintenir ses capacités pour se protéger en cas de conflit et conserver sa place de puissance sur la scène mondiale. Plus simplement, l’énergie nucléaire se voit indispensable à la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le but d’atténuer les effets du réchauffement climatique et de conserver des températures vivables sur l’ensemble de la planète.

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